Voyons donc!

3/8/2019

 

Voyons donc ! Journée international des femmes 2019

Lettre performée par Soraia Maurillo

Le 8 mars 2019

 

Un peu de mon histoire. J’ai eu mon premier enfant à 17 ans mais je ne savais pas comment j’allais joindre les deux bouts. Je me suis dit ok minute je dois être là pour lui, lui montrer le chemin. J’aime beaucoup prendre soin des gens et le cours d’aide en santé était disponible au collège. D’après eux, le salaire était compétitif. Mais quand j’ai gradué, seul des emplois en soins à domicile étaient disponibles dans mon village. Mais travailler en soutien à domicile – c’est une autre histoire. Pourtant, je me dis, je fais le même travail, j’ai les mêmes qualifications…, pourquoi je n’ai pas le droit au même salaire?

 

Pour une préposée aux soins qui travaille à l’hôpital ou bien en foyers de soins, le salaire est, à ma connaissance, plus de 16 $ l’heure. Moi, comme travailleuse à domicile je reçois 13.85 $ / l’heure.

 

Savez-vous qu’en 2012, mon salaire aurait dû être 19,93$ l’heure pour être équitable? Ça veut dire que pour chaque heure que je travaille, je devrais recevoir presque 8$ de plus que ce que je reçois ! Qu’est-ce que les politiciens feront pour changer ma situation ? On ne se préoccupait certainement pas de ma vie quand on a décidé ces salaires.

 

Je fais le ménage, cuisine les repas, cours au magasin, pellette la neige, donne des médicaments et des soins, accompagne aux rendez-vous au médecin, réponds au téléphone... Mais surtout je donne un soutien émotionnel. Et oui, il y a des clients que  c’est juste nous qu’ils voient dans la journée - la solitude se fait grande. Si le client a besoin de parler, c’est moi qui tends l’oreille, qui lui remonte le moral, qui le soutient dans ses peurs, ses ennuis, sa solitude. J’aime mon travail. Au fond je suis beaucoup plus qu’une préposée. Mais demain, je ne pourrai peut-être pas payer l’essence pour me rendre au travail.

 

Mes enfants me demandent, “Maman, pourquoi tu ne prends pas une semaine de vacances avec nous autres?” Parce que maman ne peut pas, maman n’a pas de vacances payées. On ne pensait certainement pas à des femmes comme moi quand on a décidé qui avait le droit à des vacances payées. Les monsieurs qui décident ces lois ne pensent surtout pas à moi. Mettez-vous à notre place. Quand viennent vos vieux jours et que plus personne n’est là pour vous, et que vous voulez rester dans votre maison ou que vous avez besoin d’aide…  

 

Quand viendra votre tour, peut-être qu’il n’aura plus d’aide. Personne ne voudra faire mon travail parce que personne ne peut vivre à ce salaire. Alors qui prendra soin de vous?

 

Maintenant j’ai trois enfants et ce seul salaire pour subvenir à leurs besoins… Ok, vous allez dire ben pourquoi elle n’essaie pas de travailler à l’hôpital? J’ai trois enfants qui ont besoin de maman à la maison le soir. Imaginez donc, après ma journée de travail, la journée n’est pas finie - devoirs, souper, activités, bains, lessive, vaisselle… Je n’ai aucun soutien. L’aide du gouvernement n’est pas suffisante, ça ne couvre pas assez de ce que je dois payer. Oh! et oublie pas la facture d’électricité qui a encore monté et n’oublie surtout pas le loyer. Est-ce que je serai capable de tout payer ?

 

La réponse est NON parce que je n’ai pas le salaire.  VOYONS DONC !

 

 

Voyons donc! La Journée internationale des femmes 2019

Lettre performée par Vallie Stearns Anderson

Le 8 mars 2019

 

Laissez-moi vous raconter mon histoire. Moi aussi, je travaille 40 heures par semaine, au salaire minimum. C’est loin d’être facile; je ne passe pas assez de temps avec mes enfants, et le salaire est tellement bas que je n’arrive pas à joindre les deux bouts, même avec l’aide de mon mari.

 

Et les choses ont empiré quand mon mari et moi, on a commencé à se disputer de plus en plus souvent. C’était très stressant, très difficile, parce que je ne voulais pas que notre situation affecte nos enfants. Au commencement, je pensais qu’il fallait que j’endure ça. Je pensais que c’était mieux pour les enfants, mais quand j’ai finalement réalisé que ce n’était pas bon pour eux de toujours voir leurs parents se disputer, je suis restée parce que je n’avais pas les moyens de laisser mon mari. Finalement, je n’ai pas eu le choix; son comportement n’était plus endurable. Quand je suis partie, j’étais pressée et j’ai fourré des choses dans des sacs-poubelle. Aujourd’hui, je vis dans une maison de transition. Je n’ai jamais été aussi stressée. Le personnel est fantastique. Mes enfants se sont bien adaptés; ils ont dû changer d’école et ils essaient de ne pas se plaindre, mais je sais qu’ils sont très stressés eux aussi. Et malgré tout ce qui s’est passé, j’ai réussi à garder mon emploi, mais je ne sais toujours pas comment je vais pouvoir gérer tout ça. Est-ce que je vais pouvoir avoir mon propre logement, payer les factures, la nourriture, la garderie, etc. J’ai fait les calculs : après avoir payé tous ces coûts-là, il va me rester 50 $. Comment je vais me débrouiller avec ça? Et en plus, je suis responsable des dettes que mon mari doit à Habitation NB. Je n’ai pas d'avantages sociaux au travail et je n’ai pas pu m’acheter un médicament prescrit par mon médecin parce que ma fille avait besoin d’un nouveau manteau d’hiver. Les hommes qui décident des programmes sociaux, ces hommes-là, ils ne pensent pas à moi.

 

Si je gagnais un salaire décent, ma vie serait complètement différente. J’aurais pu laisser mon mari bien plus tôt, avant que les choses empirent. J’aurais pu engager un avocat et insister pour que mon mari parte et je vivrais encore dans la maison. J’aurais certainement plus de confiance en moi, je pourrais garder la tête haute et pas juste espérer garder mon emploi.

 

Saviez-vous que 3 300 femmes vivent dans une maison d’hébergement en ce moment au Canada? Des femmes comme moi, qui n’ont absolument pas d’autres choix financiers. La violence ne fait pas de discrimination ; notre maison de refuge accueille des femmes âgées, des adolescentes, des femmes handicapées, des immigrantes et des mères. Il n’y a pas assez de programmes sociaux pour nous aider à trouver un logement et à régler toutes nos dettes, ni pour aider les hommes à gérer leur colère ou soutenir les enfants traumatisés parce qu’ils ont été témoins de violence.

 

Comme toutes les femmes dans la maison de transition où je vis actuellement, je veux simplement créer un vrai chez-nous pour mes enfants, leur offrir une meilleure vie, sans danger. Il faut que je trouve le moyen de le faire parce qu’il n’est pas question de retourner à notre ancienne vie. 

 

La violence est inacceptable. Les bas salaires sont inacceptables. Les femmes méritent de vivre en sécurité dans un logement abordable et d’avoir les moyens d’envoyer leurs enfants à la garderie. Les femmes et les enfants méritent d’avoir accès aux médicaments et aux soins dentaires. Nous méritons d’être protégées contre la violence. Nous méritons un juste salaire. Il n’y a pas de temps à perdre. Voyons donc!

 

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